Atlas des paysages du Morbihan

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L’ensemble de paysages de la Cornouaille intérieure

Ce vaste ensemble au relief ondulé et aux nombreuses vallées supporte une campagne bocagère peu urbanisée

Trois unités de paysage composent cet ensemble, le plateau de Gourin à l’ouest et le plateau de Guémené à l’est, qui encadrent l’unité singulière de Guerlédan et Quénécan. [1]


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Carte de l’ensemble de paysages de la Cornouaille intérieure

 Images


A l’exception des reliefs boisés de Quénécan et du lac de Guerlédan, les images qui reflètent cet ensemble de paysages ne sont que rarement des images de paysages… Le patrimoine remarquable des chapelles est en effet très connu et semble occuper majoritairement l’iconographie.
Cette partie de la Cornouaille évoque un territoire de "Bretagne intérieure", de l’Argoat aux campagnes boisées et aux ambiances rurales parfois profondes, au cœur desquelles se cachent des sites naturels aux caractéristiques sauvages plus marquées (rivière du Scorff, montagnes de Ploërdut...).

 Limites et voisinages


Cet ensemble qui correspond à un vaste plateau assez peu différencié occupe le quart nord-ouest du département, et se trouve pour l’essentiel en contact avec les départements voisins du Finistère et des Côtes d’Armor.
Il est constitué de deux unités "jumelles" : le plateau de Gourin et le plateau de Guémené, comparables en termes de paysages et de taille identique, et par l’unité boisée plus typique de Guerlédan et Quénécan.
Les plateaux sont bornés au nord par des reliefs spécifiques : les montagnes Noires et les reliefs de la forêt de Quénécan.
A l’est du plateau de Guémené, la vallée du Blavet constitue une limite nette avec le plateau de Pontivy-Loudéac.
A l’ouest, le pays de Quimperlé (Finistère), prolonge des ambiances comparables au-delà de la limite administrative, et l’ensemble peut être assimilé à un vaste ensemble aux caractères communs, d’où son nom de Cornouaille intérieure.
L’ensemble est bordé au sud par les plaines de l’Armor morbihannais vers lesquelles la transition se fait progressivement de part et d’autre de la cluse du Blavet. Les effets du cisaillement Sud-Armoricain, bien qu’atténués à cet endroit viennent en effet interférer de manière faiblement marquée, dans le prolongement des reliefs des Landes de Lanvaux, donnant au contact entre Armor et Cornouaille intérieure un caractère faiblement individualisé.

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Le Sourn
Une position de rebord de la vallée du Blavet. La position dominante du plateau de Guémené ouvre un panorama sur la vallée habitée du Blavet et les motifs bâtis de ses zones industrielles.
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Roudouallec
L’horizon des montagnes Noires marque clairement la limite nord de l’unité du plateau de Gourin.

 Composantes


Un plateau gaufré de vallées et de vallons

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Coupe à travers la Cornouaille intérieure
Un plateau gaufré par un réseau hydrographique dense et peu structurant dans la perception des paysages.

La forme des reliefs est déterminante pour définir les paysages de plateaux. Il s’agit ici d’une incessante succession de vallées et de vallons, composant un vaste « gaufrage » rarement plat. De ce fait, l’ensemble ne s’appréhende pas en entier, mais par la succession des innombrables « lieux » formés par les vallées aux formes complexes, méandreuses, contournées.

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Aux alentours de Gourin
Une vue lointaine permet de comprendre la succession ininterrompue des vallées qui donne son aspect ondulé au plateau. La végétation y ajoute, en crête, sur les coteaux, dans les fonds de vallée, des éléments aux formes variées.

De manière générale, les vallées et vallons condensent les éléments de végétation : arbres, haies, bosquets, boisements. Les reliefs en creux s’en trouvent la plupart du temps sans dégagement visuel, difficilement lisibles ou accessibles. Bien qu’ils soient nombreux, les cours d’eau restent donc, dans cette configuration spécifique, discrets, intimes. Le plus souvent les motifs de l’eau sont représentés par les petits étangs, en général plus visibles.

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Berné, étang de Pontcallec
Un site intime et calme dont il est possible de jouir dans le cadre d’une promenade.
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Langoëlan
Une vallée bouchée et inaccessible ; les motifs de l’eau sont invisibles.
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Gourin
L’ouverture de la vallée de l’Inam la rend lisible et attractive, on distingue le dessin bocager comme une résille sur les prairies… Ces situations sont cependant rares.
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Malguénac
Une vallée bouchée, une rivière peu lisible enfouie dans une masse de peupliers.


Les cours d’eau principaux, l’Ellé à l’ouest et le Scorff à l’est, sont "sauvages", peu accessibles et cachés. Observés depuis les rares ouvertures qui leur donnent un accès, ils présentent pourtant de véritables qualités d’ambiance et une certaine attractivité.

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Forêt de Pontcallec
Le Scorff et l’Ellé, des rivières aux ambiances "sauvages" magnifiques. Ici, le Scorff est très sinueux, enfoui, son eau est agitée et présente des roches affleurantes en surface… mais il reste peu accessible.

Les montagnes de Ploërdut
A la limite des deux plateaux de Guémené et de Gourin, le relief reste caractérisé par une succession de vallonnements peu sensibles. La crête de la "chaîne" de relief des montagnes de Ploërdut est cependant marquée par la route départementale 132, reliant Le Faouët à Ploërdut, ainsi que par des boisements denses. Guémené s’adosse sur le flanc sud de cet ensemble, dont les contours sont dessinés par la rivière du Scorff et de ses affluents. Seul le massif boisé de Guerlédan et Quénécan se distingue par son relief particulier et la continuité de sa forêt.

Un plateau boisé
C’est le plateau le plus fortement boisé du département, par contraste avec le plateau voisin de Pontivy - Loudéac, d’une taille comparable et très cultivé.
C’est un paysage peu ouvert, sombre par les bois qui atténuent la lumière, ce qui lui donne une ambiance "rurale profonde".
Les reliefs les plus prononcés présentent eux aussi systématiquement un couvert forestier, en général encore plus dense et avec une forte proportion de conifères.
D’autres motifs se rencontrent sur le plateau : c’est le cas des haies d’émondes, d’alignements d’arbres le long des routes, ou de vergers traditionnels...

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Langonnet
Des alignements remarquables le long des routes communales qui valorisent les parcours et les articulent aux paysages environnants.

Des haies et des boisements de conifères se retrouvent en outre souvent associés aux éléments bâtis, en bord de route ou en haie séparative de parcelle cultivée, induisant des ambiances tout à fait spécifiques. La présence des conifères est à étudier et à moduler (cf enjeux).

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Lignol
Des ambiances marquées par la présence de conifères, opaques. Le paysage gagnerait en lumière et en profondeur en choisissant d’autres essences plus transparentes.

Une agriculture où l’élevage est très présent
Le plateau vallonné, couvert de nombreux petits ruisseaux et de zones humides, engendre de petites parcelles agricoles difficilement accessibles.
Le plateau est d’abord un pays d’élevage, caractérisé par les prairies de pâture qui apportent de la lumière par contraste avec les boisements sombres.

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Castennec, sur le plateau de Guémené
Les prairies de pâture, animées par les bêtes ouvrent le paysage et valorisent les structures végétales.

Un réseau bocager dense
On trouve très peu de panoramas offrant des vues dégagées, lointaines. Lorsque qu’ils existent, on ne distingue pas de structure paysagère notable, exceptée celle du bocage, très présent, notamment sur le plateau de Gourin, à l’ouest. Il s’agit d’un bocage « élargi », la présence des arbres associant souvent les haies et les bosquets.
Il forme ainsi une « résille » posée sur la charpente naturelle des reliefs, dont la taille de la maille est variable. Il crée, avec le relief, un paysage très dynamique, changeant sans cesse, se découvrant dans le mouvement, petit lieu par petit lieu. Lorsqu’il est associé aux chemins, le réseau de haies est support de découverte du paysage et un appel à la promenade.

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Langoëlan
Le bocage, découvert par la promenade, anime la parcours et rythme l’espace par ses profondeurs d’ombre et de lumière.

Des bourgs modestes et un maillage d’infrastructures indifférent au relief
Les routes rayonnent depuis les localités les plus importantes (Le Faouet, Plouray...). Cette maille multidirectionnelle forme un réseau principal, sans rapport direct avec celui réseau des vallées qui sont plus souvent traversées que suivies par les routes.
Les routes plus petites circulent souvent sur les crêtes et desservent des hameaux et fermes situés en surplomb de petites vallées.
Les villes, modestes et peu nombreuses (Guémené, Gourin, Le Faouët…), se situent à proximité des vallées. Elles se découvrent le plus souvent après de longues entrées de ville formées de rues pavillonnaires en étoile autour des centres.
A l’écart des villes et des bourgs, des effets de mitage pavillonnaire récent (maisons isolées, développements le long des routes, bâtiments agricoles…) affaiblissent les belles ambiances de campagne

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Langonnet
Au second plan des prairies de pâtures, la maison « néo-bretonne » accompagnée de ses haies de conifères s’isole dans la campagne de Langonnet, évoquant des ambiances péri-urbaines.

Des éoliennes étrangères
On rencontre plusieurs centrales éoliennes. Sans grand dégagement visuel, dans un paysage qui se « resserre » autour de l’observateur, elles apparaissent encore davantage dans le ciel, leur position au sol étant incertaine et non mesurable.
Dans un paysage peu ordonnancé, leur organisation parfois très régulière fait figure d’étrangeté.

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Roudouallec
Sur le plateau ondulé, les composantes sont dispersées : végétation et éléments bâtis s’organisent de manière aléatoire. A l’inverse, les éoliennes sont disposées régulièrement dans une même direction, ce qui les fait ressentir davantage comme des éléments "étrangers".

Un important patrimoine archéologique et historique
Le patrimoine nombreux et remarquable crée une réelle émotion qui naît souvent de l’union entre les formes architecturales et les sites d’implantation. On citera par exemple la chapelle Sainte Barbe au Faouët, unie à la vallée de l’Ellé par une succession d’édifices établis comme une théâtralisation du lieu.

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Sainte Barbe
Un site remarquable : l’oratoire belvédère sur la vallée de l’Ellé.

Au Faouët, les splendides halles définissent un espace public en relation avec la vocation agricole du secteur.
L’ensemble regorge d’un « petit patrimoine » de chapelles, oratoires, calvaires, fontaines votives qui viennent le scander et contribuent à son caractère intime. br />

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Saint Nicolas des Eaux
Le petit patrimoine dispersé dans la campagne des plateaux participe à un paysage d’ambiances auquel il apporte de la spiritualité.

 Perception, valeurs et sensibilités


Des ambiances de qualité mais une faible lisibilité
Le paysage du plateau de Cornouaille intérieure est original, ondulé, peu ouvert… en fort contraste avec les plateaux de grande culture.
L’organisation des éléments en « micro-lieux » semble renforcer le contact intime avec la nature, dans des formes capables de motiver des parcours à pied ou à vélo. La rareté des dégagements visuels et des perspectives, la faible accessibilité des vallées peuvent, en revanche, susciter un sentiment d’étouffement.

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Lanvenegen
Le réseau dense formé par les continuités de bocage et de boisements au contact des parcelles cultivées révèle des potentialités de promenades motivantes, et tend à « absorber » les taches lumineuses des parcelles ouvertes.

Les composantes végétales s’entremêlent : les enchaînements sont peu lisibles entre la haie, le bois, quelques fruitiers, la haie de conifères... Cette imbrication peut être appréciée comme une qualité d’ambiance, mais rend difficile l’appréhension et la lecture d’une structure globale du paysage.

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Roudouallec
Les motifs végétaux s’enchaînent de manière peu lisible : de droite à gauche, haies de conifères, fruitiers, arbres isolés et haies s’épaississant en boisements à l’horizon.

On trouve peu de lieux où il est possible d’embrasser le paysage d’un seul regard. L’ensemble est plutôt une succession de micro-ambiances peu différenciées. Les belvédères donnant sur des horizons lointains sont donc extrêmement précieux.

Des effets de mitage qui viennent contrarier de belles continuités naturelles
La plupart du temps, la végétation "absorbe" dans son volume bâtiments et infrastructures (le manque d’ouvertures accentuant le sentiment d’enfermement d’une campagne reculée). La forte présence de la nature et les qualités d’ambiances ressenties sont néanmoins parfois altérées par des effets de mitage, notamment le long des routes.

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Roudouallec
Un hameau isolé au pied des montagnes Noires où une ferme et quelques habitations cohabitent. Le paysage perçu gagnerait à être défini dans ses limites et dans le traitement des transitions entre les structures bâties et le paysage cultivé.

Les valeurs paysagères du bocage
Le bocage est intéressant lorsqu’il vient appuyer les ondulations de terrain, renforcer les effets de courbe et donner un relief supplémentaire au paysage.
Le bocage est également indissociable de la notion d’ouverture sur le paysage qui offre une profondeur supplémentaire et une valeur esthétique remarquable.

Les valeurs paysagères des plans d’eau
A l’exemple de l’étang de Dordu à Langoellan ou de l’étang de Pontcallec, l’eau est un élément attractif des paysages. Les plans d’eau sont des occasions de fédérer un réseau de promenade et de proposer des services d’hébergement, de loisirs, de restauration à proximité.
On déplore cependant la faible accessibilité des rivières, y compris des plus importantes, comme le Scorff et l’Ellé.

 Enjeux et pistes d’action


Comme dans la plupart des autres ensemble, la Cornouaille intérieure est confrontée aux phénomènes d’étalement urbain, en particulier aux abords des axes routiers, et à celui de la fermeture des paysages par le boisement.

Encourager le maintien de l’agriculture
Le pâturage maintient les ouvertures au contact de la trame bocagère et les bêtes animent les belles ambiances rurales. Le maintien de ces activités est essentiel à l’identité et à la qualité des paysages perçus. Il est ainsi nécessaire de lutter contre l’enfrichement et de favoriser le retour du pâturage sur les terrains plus difficiles (pentes, fonds de vallées).

Valoriser et développer la maille bocagère en tant que réseau de parcours
Le bocage représente un potentiel paysager à exploiter davantage et à associer aux espaces publics des villages. Le choix des parcours est particulièrement important en tant que processus de création de paysage ; c’est par le parcours que l’on "invente" le paysage.
Un fort potentiel de réseau de promenade reste à développer, appuyé sur le réseau de bocage et mettant en relation les "sites" remarquables : chapelles, étangs... à relier aux espaces publics des villages.

Rendre accessible le patrimoine des ambiances naturelles
Les vallées manquent notablement d’accès, où que l’on se trouve sur le plateau. Leur accessibilité et la possibilité de les parcourir sont un enjeu majeur pour dévoiler les ambiances magnifiques des rivières sauvages du centre Bretagne et pour améliorer les conditions d’attractivité de ces territoires. Les modalités de mise en valeur devront être fortement inscrites dans un cadre mutuel de protection des milieux pour en assurer la viabilité.

Valoriser les vues lointaines
Les points de vue remarquables sont à identifier et à valoriser. Une démarche d’inventaire des vues associée à une gestion appropriée pour éviter un enfouissement par la végétation pourrait éventuellement être imaginée dans le cadre de la constitution d’un réseau de promenades.

Mettre un terme à l’urbanisation le long des routes et adopter de nouvelles formes urbaines
Les implantations isolées ou "filandreuses" qui banalisent le paysage et affaiblissent le lien social doivent être évitées.
L’urbanisation étirée le long des routes a déjà endommagé les approches des agglomérations, il est devenu nécessaire d’y mettre un terme et de rechercher des modes de développement plus concentrés. Ceci permettra de conserver les portions de routes donnant sur les paysages agro-naturels, plus attractifs.

Maintenir les alignements d’arbres le long des axes routiers majeurs
Outre la beauté des routes, les alignements permettent d’apprécier plus facilement les vitesses de déplacements, soulignent les tracés et marquent les intersections. Ils facilitent ainsi l’appréciation des changements de parcours, jouent un rôle d’articulation paysagère (maintien des continuités des routes agricoles de part et d’autre de l’infrastructure...).
Il est préférable de choisir des essences locales permettant d’affirmer le caractère d’un site que l’on souhaite valoriser (entrées et traversées de bourg).

Énergies renouvelables : les éoliennes, des pistes pour des projets
Dans ce paysage mouvementé, en désordre apparent, les éoliennes sont des points de repères qui offrent ponctuellement des ancrages plus solides aux sites traversés. Du point de vue de la perception des paysages, si elles n’entrent pas en contradiction avec un territoire à l’ordre déjà très établi ou en concurrence avec des éléments bâtis qui font déjà effet de signal, elles sont donc visuellement plus facilement acceptables.

Notes

[1A l’échelle départementale, l’unité de paysage "Guerlédan et Quénécan" se distingue assez nettement mais du fait de ses dimensions modestes, elle est rattachée à l’ensemble de la Cornouaille intérieure identifié à l’échelle régionale.


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