Atlas des paysages du Morbihan

Accueil > PORTRAIT DES PAYSAGES DU MORBIHAN > Vallées naviguées > La vallée de la Vilaine

La vallée de la Vilaine

Une succession de séquences remarquables dans la partie morbihannaise du fleuve

Cette unité de paysage fait partie de l’ensemble des Vallées naviguées


JPEG - 957.8 ko
Carte de l’unité de paysage de la vallée de la Vilaine

 Images


Les paysages de la Vilaine ne sont pas aussi réputés que certains de leurs voisins, comme le golfe du Morbihan. Leur présence dans les guides fait surtout référence au site de la Roche-Bernard et aux randonnées. Navigable, mais sans faire partie du canal de Nantes à Brest qui la rejoint juste en aval de Redon, la partie morbihannaise de la Vilaine ne correspond qu’à une partie relativement courte du fleuve, plus souvent associé au département d’Ille-et-Vilaine et aux sites des villes de Rennes et Redon.

 Limites et voisinages

La vallée forme, entre Théhillac et Redon, la limite entre le Morbihan et la Loire-Atlantique. Plus en aval, elle sépare la plaine de Muzillac (rive droite), de celle de Saint-Dolay (rive gauche) qui appartiennent toutes les deux au Morbihan. Mais, qu’elle coïncide ou non avec la frontière administrative, cette partie du fleuve située en aval de Redon trace une limite paysagère "naturelle" marquée à l’est du département, la plaine de Saint-Dolay se tournant davantage vers les paysages de la Loire-Atlantique.

Du nord au sud, deux ensembles de paysages distincts sont au voisinage de la vallée du côté morbihannais : les reliefs des Landes de Lanvaux et l’Armor morbihannais.

Plusieurs rivières importantes du département (l’Arz, l’Oust, l’Aff) sont des affluents primaires de la Vilaine dont les confluences forment le site de Redon, dans un paysage partagé entre les trois départements (Morbihan, Ille-et-Vilaine, Loire-Atlantique), la ville de Redon elle-même étant en Ille-et-Vilaine.

La largeur de la vallée varie fortement au long de son parcours, mais ses versants abrupts marquent systématiquement des limites franches avec les unités voisines.

JPEG - 65.6 ko
Coupe Rochefort – Pontchâteau
La coupe met en relation les reliefs des Landes de Lanvaux avec la vallée de la Vilaine. On remarque que dans un contexte plus large, la vallée est finalement assez peu profonde, et que c’est davantage sa structure interne (en particulier sur cette portion, l’amplitude de son lit majeur, son fond cultivé ouvert et les crêtes de ses versants boisés) qui lui confère son caractère de paysage "remarquable".

 Composantes


Des séquences distinctes
La vallée de la Vilaine présente suffisamment de caractères similaires sur l’ensemble de son parcours morbihannais pour être identifiée en tant qu’unité de paysage, mais il existe néanmoins des variations dans ces mêmes composantes induisant des séquences distinctes.
Si les boucles qui animent le cours du fleuve sont par exemple une caractéristique commune à l’ensemble du parcours, et sont pour une grande part à l’origine des ambiances de nature "sauvage" ressenties, les reliefs et la végétation interviennent fortement dans la différenciation des conditions de lecture sensible du paysage. Leurs formes et leur disposition sont déterminantes dans l’existence de "séquences" ou "visages" de la vallée.

- Pénestin - Arzal : une vallée littorale
La large embouchure de la vallée sur l’océan appartient à la côte de Damgan à Pénestin. Ce n’est qu’à partir de la pointe du Scal, à Tréhiguier, que la vallée se resserre assez brusquement. Jusqu’au barrage d’Arzal, des versants se dessinent avec davantage de reliefs, avec toujours de belles ouvertures sur les cultures, et des hameaux positionnés en rebord de vallée, souvent en impasse.
Des ambiances de mer sont ressenties jusqu’au barrage d’Arzal dans les composantes (estran, marées) et les usages (bateaux de plaisance). La vallée est cependant difficilement accessible compte tenu de l’absence de chemin le long des rives.

Le barrage d’Arzal marque une rupture forte entre la séquence littorale aux ambiances marines ouvertes de l’estuaire et la vallée plus encaissée en amont, secrète. L’ouvrage permet le franchissement routier, c’est aussi l’occasion d’un point de vue sur la perspective de la vallée.

JPEG - 93.3 ko
Barrage d’Arzal
L’ambiance de mer est portée par les bateaux, mais le barrage vient fortement distinguer les domaines maritimes et terrestres du cours du fleuve.
Sur les côtés, les horizons sont assez courts, bornés par les volumes boisés ou bâtis au bord du plan d’eau. L’échappée cultivée offre une salutaire respiration.

- Arzal-Béganne : une vallée secrète
Entre le barrage d’Arzal et Béganne, la vallée s’encaisse, ses versants se boisent davantage, se resserrent, et accentuent l’effet d’enfermement du paysage.
Cet effet de "condensation" des composantes autour du fleuve donne de l’intensité au site, renforcé par les affleurements rocheux et les "à-pics" des versants qui lui donnent un aspect spectaculaire.
Malheureusement, cette séquence est peu accessible, offre peu de points de vue, hormis aux franchissements (la Roche-Bernard, Arzal). Les sentiers en bord de fleuve sont inexistants, limitant la perception aux usagers du plan d’eau.

- La Roche-Bernard, une ville implantée "à côté" de la vallée.
La ville est structurée par l’affluent de la Vilaine la reliant à l’étang du Rodoir, et seul le port organise un dialogue avec la vallée de la Vilaine. Les quartiers de la Garenne auraient pu jouir d’une position intéressante en rebord de vallée, mais sont tenus à l’écart par d’épais ourlets boisés.

Ailleurs sur cette séquence, c’est un paysage agricole, peu urbanisé à l’arrière du front boisé des coteaux, visible par de rares ouvertures sur des parcelles cultivées. L’ambiance littorale ressentie en aval de la Roche Bernard (par les versants rocheux en à pic notamment, et les mouillages...) semble disparaître progressivement en amont.

JPEG - 247.8 ko
La Roche-Bernard
La perspective en direction du littoral valorise un cadre naturel donné par la vallée et l’abondante végétation de rive et l’absence de phénomène de mitage sur ses versants.
JPEG - 209.2 ko
Point de vue sur le pont suspendu de la Roche-Bernard
L’ouvrage d’art marque un point singulier de la vallée, dont il met en scène l’ouverture.

- Béganne – Théhillac : la vallée paysage
A l’est de Béganne, la vallée s’évase subitement sur plus d’une dizaine de kilomètres de long, ses versants s’éloignent l’un de l’autre de près de 3 km, créant un paysage de plaine alluviale aussi remarquable que surprenant.
C’est un souffle inattendu qui valorise une structure paysagère superbement lisible dans laquelle s’enchaînent :
- les crêtes boisées, dont on reconnaît de loin les silhouettes de conifères ;
- des versants habités, encore assez boisés mais avec de belles ouvertures, des routes qui se rapprochent du rebord, des objets (maisons individuelles, bâti d’activité parsemé au bas des versants), des chemins (GR 39) offrant de belles vues lointaines vers l’intérieur de la vallée ;
- le lit majeur du fleuve en un large fond plat (plus de 2 km), drainé et cultivé (cultures céréalières), dont les parcelles sont délimitées par des étiers.

La Vilaine serpente au centre des cultures et forme de larges boucles, le fond de vallée ouvert permet de voir nettement la surface de l’eau et peu d’éléments de végétation accompagnent ses rives. La scène est rarissime dans le Morbihan, en contraste absolu avec les ambiances de secret boisé qui entourent les rivières de l’ouest, comme le Scorff ou l’Ellé !

JPEG - 327.4 ko




JPEG - 879.8 ko
La vallée de la Vilaine à Béganne
L’intensité du paysage est fédérée par le fleuve, visible au centre d’une structure parfaitement lisible et dont la beauté est renforcée par un effet de perspective de la vallée. Le fond de vallée cultivé est la condition de cette beauté paysagère.
JPEG - 69 ko
La vallée de la Vilaine à Béganne
La coupe permet de comprendre la structure paysagère de la vallée et le rapport d’échelle entre la hauteur des versants et la largeur du lit majeur qui lui donne cette ampleur surprenante.

 Perception, valeurs et sensibilités


Une valeur par contraste avec un environnement "moins motivant"
La vallée de la Vilaine est un paysage vraiment remarquable du département. Ses deux séquences principales de part et d’autre de Béganne forment un contraste assez extrême, d’autant plus surprenant que de part et d’autre de la vallée les paysages sont plus indistincts (plaines littorales et reliefs des landes de Lanvaux).

De belles ambiances de nature
La vallée est rurale en amont, ses ambiances "naturelles" en aval. Elle est relativement préservée de l’urbanisation (souvent les hameaux qui viennent au bord du lit majeur sont noyés dans la végétation).

Des parcours intéressants à compléter
Un réseau de parcours (GR p et GR 39) existe en rebord de vallée, offrant des vues, des belvédères, une jouissance possible, mais il reste à mettre davantage en réseau, notamment entre Arzal et la côte, où il n’existe pas de chemin de berge.

 Enjeux et pistes d’action


Les dynamiques concernent particulièrement les effets d’enfouissement, de boisement des versants qui ont tendance à enfermer complètement la vallée :
- L’agriculture de fond de vallée de la séquence Béganne-Téhillac procure un paysage remarquable, ouvre une perspective sur la vallée et sur le fleuve lui-même : elle est ici un exemple, à préserver de toute possibilité de boisement par l’enfrichement ou la populiculture !
- Le mitage est sensible sur certaines séquences et ne doit pas se développer davantage, les dynamiques d’implantations en rebord de vallée sont à surveiller (notamment entre Béganne et Téhillac)

Accéder et jouir des paysages de la vallée de la Vilaine
Rendre accessible l’ensemble de la vallée, de l’estuaire au canal en proposant :
- la création d’un chemin de berge sur l’ensemble du parcours du fleuve, associé à des aires de repos, et en relation avec les sentiers du littoral ;
- la possibilité d’accéder à des zones de stationnement à proximité du fleuve ;
- la reconnexion de vallons et certains villages dans un réseau de parcours plus large.

Réduire la part des boisements, favoriser les ouvertures
Dans le cadre de la possibilité de parcours le long du fleuve :
- évaluer la possibilité de mettre en place un plan de gestion des boisements le long du cours d’eau pour en réduire l’abondance ;
- étudier la possibilité de valoriser le bocage qui apporte des effets de transparences (dans la partie aval) ;
- s’assurer du maintien de l’agriculture dans le lit majeur.


| Plan du site |