Atlas des paysages du Morbihan

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Ile de Groix

Une île repère dans la rade de Lorient dont les paysages sont menacés par la déprise agricole et l’étalement pavillonnaire

L’Ile de Groix fait partie de l’ensemble des paysages de l’Armor morbihannais


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Carte de l’unité de paysage de l’Ile de Groix

 Images, limites et voisinages


Groix, comme toutes les îles, est porteuse d’un imaginaire spécifique. Sa proximité avec Lorient en fait comme une ultime avancée du port. Elle semble ainsi se tourner résolument vers la mer, d’autant que son nom est à jamais associé à de nombreux chants et proverbes de marins. L’abondance d’images qui la représentent ne font d’ailleurs état que de ses côtes sans jamais s’intéresser à ses paysages intérieurs.

L’île de Groix se situe à environ 5 km au large de Larmor-Plage et fait face à la rade de Lorient dont elle est l’un des repères bien connus à l’horizon. Elle est accessible en bateau depuis Lorient et Larmor-Plage.

 Composantes


L’île, de dimensions modestes (environ 8 km sur 2 km, soit à peu près la surface de la presqu’île de Quiberon) n’abrite qu’une seule commune (Groix). Il s’agit d’un plateau d’altitude moyenne (40 m) tourné à la fois vers le littoral, au nord, et vers l’océan, au sud.

Les côtes
Les côtes sont rocheuses avec des falaises dominant la mer. La plage des Grands Sables entre la pointe du Spernec et la pointe de la Croix et celle de Locmaria sont les deux seules de l’île.
Groix possède la seule plage convexe et mobile dans le temps, paysage naturel unique et changeant.

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Groix, arrivée sur l’île
Les côtes rocheuses, premier motif perçu : des faciès abrupts, boisés, et quelques pavillons blancs essaimés.
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Groix, plage de Locmaria
Une anse très calme orientée plein sud, une des rares plages de l’île.
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Groix, plage des Grands Sables
Au nord de l’île, les Grands Sables est la plus grande plage de l’île. Avec pour horizon, la rade de Lorient qui fait office de vaste zone de mouillage.

Les vallons
Les rebords du plateau sont entaillés par de petits vallons à la naissance desquels des hameaux se sont implantés : Kervédan, Kerlard, Quéhello... Ces vallons construisent des continuités entre la terre et la mer pouvant accueillir des parcours reliant le coeur des hameaux aux petites criques où sont amarrés les bateaux de pêche et de plaisance. Cependant, des landes en cours de reboisement empêchent parfois l’accès et la lecture correcte de ces motifs.

Végétation et agriculture
Avant les remembrements des années 1950, l’agriculture était principalement vivrière. Les terres étaient exploitées pour la plupart par les femmes des marins qui les amendaient avec des épandages de goémon, ce qui les rendaient très fertiles.
Lors du remembrement, une agriculture modernisée s’est installée mais les fruits et légumes du continent, moins chers, ont concurrencé les cultures de l’île.
Aujourd’hui, l’agriculture se heurte à de nombreuses difficultés : complexité du foncier, départs en retraite des exploitants, peu de reprises et obstacles à la construction de bâtiments agricoles.
Certains tirent la sonnette d’alarme, indiquant qu’à un horizon proche de dix ans seulement, faute d’un nombre suffisant de repreneurs, l’agriculture de l’île pourrait disparaître et laisser place à la friche et aux dangers qui l’accompagnent (feux).

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Groix, chemin rural
A l’intérieur de l’île, un chemin rural à l’ambiance secrête.

Un intérieur cultivé, des rebords de landes et de bois
Les landes et les boisements couvrent une grande surface. Situés principalement dans la partie Ouest et Sud de l’île, ils se concentrent sur les côtes et sont souvent le signe de l’affaiblissement de l’activité agricole. Ces boisements et ces landes produisent des ambiances d’abandon.

Le bâti et les infrastructures
Les ports et leurs infrastructures sont les premiers motifs bâtis qui se présentent au visiteur. Aux ouvrages des ports, s’ajoutent les grands phares, les sémaphores, les forts Surville et du Grognon qui, ensemble, constituent un patrimoine bâti en relation avec la mer affirmant la singularité de l’île.

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Groix, Port Tudy, la porte d’entrée de l’île

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Groix, Port Tudy, l’été
Le port concentre les usages : mouillages, commerces et promenades sur les quais, petits hôtels...

Groix et Locmaria sont les deux noyaux urbains majeurs auxquels s’ajoutent de nombreux hameaux installés presqu’exclusivement à l’intérieur des terres.

Le bourg de Groix, situé dans les terres, est relié à son port (Port Tudy) par une route ancienne. A des formes urbaines concentrées, ménageant les terres, encore lisibles en 1938 (voir plus loin carte d’évolution du développement urbain), a succédé un étalement urbain particulièrement lâche, très étendu, laissant de nombreux vides et formé uniquement de pavillons individuels standard. Cet étalement a rejoint des hameaux éloignés (le Méné, Kermario, Créhal…), selon un scénario manifestement peu contrôlé, porté par la seule pression immobilière. Ainsi, malgré la grande singularité de l’île, le développement urbain a imposé la banalité de ses formes et une grande consommation de terres. Par chance, les côtes ont été plus épargnées par la banalisation et conservent globalement leur aspect naturel. La pression est cependant réelle pour les implantations isolées "vue sur mer", particulièrement visibles en bateau à l’approche des côtes.

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Groix, vue sur la côte
Sans ordre apparent, les pavillons aux caractères banals et répétitifs ont essaimé sur les flancs littoraux. Les murs blancs se détachent nettement du fond assombri par les conifères.

Patrimoine archéologique, historique et marin
L’île est qualifiée par la présence de mégalithes, dolmens à couloir et menhirs, ainsi que par un patrimoine vernaculaire fait de lavoirs et de puits.

 Perception, valeurs et sensibilités


Perçue depuis le continent, l’île de Groix, constitue un repère reconnu à l’horizon. Comme toute île, elle forme un territoire très singulier, un monde à part dans ses frontières côtières. Dans l’île, l’histoire des familles se distingue, avec les particularités des marins partis en mer, des femmes restées dans l’île. Il devrait en être autant des paysages, censés traduire la singularité du lieu et le génie spécifique de ses habitants.

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Vue sur le large
Les landes rases, l’estran rocheux puis la mer, une succession de motifs jusqu’à l’horizon lointain de l’océan.

 Enjeux et pistes d’action


En 1936, Groix comptait 4 506 habitants ; il n’y en avait plus que 2 266 en 2006 (sources INSEE). Ce phénomène est troublant si on le rapproche de celui de l’étalement urbain qui a endommagé les paysages de l’île de la même manière que les aires urbaines du continent en grande croissance démographique. Groix semble ainsi se vouer à un tourisme résidentiel, très consommateur d’espace et dont les effets sont ravageurs sur le paysage, en raison de formes urbaines particulièrement banales.

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Carte d’évolution du développement urbain de Groix (1938-2005)
La carte met en évidence le phénomène d’étalement urbain pavillonnaire consécutif au développement des résidences secondaires sur l’île.
Si le nombre de résidents de Groix à été diminué par deux entre 1938 et 2006, les surfaces bâties ont, quant à elles, été multipliées par trois.
La carte montre également que les espaces utilisées pour ce développement n’ont pas été optimisées et qu’il reste, dans la maille pavillonnaire très lâche, d’importantes surfaces non bâties.

Parallèlement, les friches et boisements sont les symptômes des difficultés de l’agriculture.

Maintenir des espaces cultivés
La présence de l’agriculture est indispensable au maintien d’un paysage réel, habité, vivant, ainsi qu’à la sécurité du territoire dans lequel trop de friches représentent un danger.
Les agriculteurs et leurs activités sont à encourager par tous les moyens, (aides foncières, aides à l’installation, attention particulière aux conditions d’exploitation qui deviennent trop difficiles quand par exemple les exploitations se morcellent ou qu’il existe de trop grandes ruptures de parcours vers les parcelles).
L’extraordinaire potentiel d’image de l’île peut éventuellement aider à développer des produits spécifiques à forte valeur ajoutée à l’instar de la pomme de terre de Noirmoutier ou l’agneau de Belle-Ile….

Mettre un terme à l’étalement urbain
Les espaces disponibles sont considérables à l’intérieur des enveloppes actuellement bâties autour du bourg. Il est indispensable pour le paysage de développer désormais ces disponibilités et de cesser tout étalement au-delà des limites déjà urbanisées. Ceci permettrait de :
- mettre un terme définitif à l’étalement le long des routes ;
- maintenir les hameaux dans leurs emprises actuelles et ne pas consommer davantage de terres cultivables ;
- préserver strictement les paysages côtiers du phénomène d’étalement.

Adopter de nouvelles formes urbaines
Dans le même mouvement, le territoire original de l’île nécessite une approche de l’urbanisme et de l’architecture qui renforce ses caractères singuliers plutôt que de banaliser l’espace par des modèles standardisés du lotissement et du pavillon individuel. Les hommes de l’art - architectes, paysagistes - seront sûrement très motivés à l’idée de contribuer à cette entreprise, à condition que les méthodes de production prennent conscience de la nécessité de leur participation.

Articuler les enveloppes urbaines au paysage agro-naturel
Les limites de l’urbanisation peuvent devenir des lieux spécifiques du paysage, des bords urbains lisibles, des promenades agréables, offrir à partir des bourgs un accès aux parcours dans les campagnes et vers la mer.

Faire d’un réseau de parcours une armature de paysage
Les parcours intérieurs, vallons, accès, chemins, ambiances, ouvertures sont à compléter et mettre en réseau. De petites boucles de parcours associant estran, vallon et plateau cultivé sont à proposer.

Maîtriser, voire réduire la part des boisements et des friches pour maintenir ou augmenter les ouvertures sur le littoral
Les continuités terre-mer, souvent interrompues par des éléments bâtis et des boisements sont à valoriser. Il est nécessaire d’éviter que ne se forme un cordon boisé tout autour de l’île.

Encadrer et intégrer les campings
Les boisements peuvent être utilisés et peuvent se superposer avec les constructions légères des campings. Par leur figure immuable, ils confortent l’aspect "temporaire" des campements et permettent de les intégrer visuellement.


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