Atlas des paysages du Morbihan

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La côte des Mégalithes

Un des plus hauts lieux touristiques de Bretagne

Cette unité appartient à l’ensemble de paysages de l’Armor morbihannais


 Images


La présence des alignements de Carnac et des nombreux autres sites mégalithiques domine l’image du territoire et s’ajoute aux plages pour en faire un des plus hauts lieux touristiques de Bretagne.
Outre les mégalithes, la côte et ses nombreux sites, le port de la Trinité font partie des paysages emblématiques du département, un territoire unique, d’une très grande originalité. Les lieux sont copieusement représentés, qu’il s’agisse de l’imagerie touristique ou des livres de photos, et sont fréquentés, outre les habitants, par de très nombreux touristes.

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Carnac
Front urbain maritime de Carnac vu depuis la pointe de Kerbihan

 Limites et voisinages

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Carte de l’unité de paysage de la côte des Mégalithes

La côte des Mégalithes est le territoire compris entre la baie de Plouharnel à l’ouest, et les rives de la rivière Saint-Philibert à l’est.
La plaine boisée de Pluvigner borde les limites nord de l’unité. Les transitions paysagères avec cette unité sont progressives. Elles se caractérisent par davantage de boisements en se dirigeant vers l’intérieur des terres, mais aussi par une urbanisation plus diffuse, marquée par des hameaux dispersés, des lotissements isolés et une abondance de terrains de camping.
Au sud, la limite est dessinée par le trait de côte de la baie de Quiberon.

 Composantes

Relief, une succession de pointes et d’anses pénétrées par la mer
Le relief est influencé par l’enfoncement du sud du Morbihan dans la mer. Le trait de côte est particulièrement complexe, échancré par de nombreuses incursions de la mer dans les terres : rivière de Saint-Philibert (pratiquement un bras de mer), rivière de Crac’h, anse de Kerdual séparée de la mer par le passage de la route… La baie de Plouharnel se présente presque comme une mer intérieure, dans laquelle se découpe encore l’anse du Pô.
Le linéaire de côte très développé compose un système d’anses sur le littoral (grande plage de Carnac, plage du Mendu...) en position méridionale privilégiée et abritées du vent et de la houle, propices aux loisirs nautiques et à la baignade.
Les pointes séparent les rivières et les anses, et se poursuivent en mer par des éperons rocheux dont les écueils constituent une succession de "carrec" (rocher, écueil en breton) qui rythme le front de mer, délimite les plages de manière plus ou moins sensible au gré des marées.

À l’océan, aux bras de mer, aux estuaires s’ajoutent les rivières aux seuils indéfinis et les marais (anciens marais salants de Carnac, aujourd’hui cernés par l’urbanisation, marais de Kerdual).

Par la variété des découpes et des formes prises par les côtes, par les formes de l’eau, les paysages présentent une grande richesse et révèlent les éléments de nature (eau, roches, estrans) avec une intensité décuplée. En de très nombreux points, les côtes se font face, sont visibles de l’une à l’autre, ce qui en renforce la sensibilité.
La côte et les axes des « pénétrantes marines » composent en outre une structure territoriale particulière, une figure.

Végétation : la présence des arbres est nettement marquée
Vu de la mer ou des côtes en co-visibilité, le littoral présente un premier plan dense de végétation arborée, particulièrement des pins, abritant l’urbanisation de villas.
La limite nord de l’unité est caractérisée par une forte présence de boisements : "Coet-Kerian", "Kergoët", "Coet-er-Hour", "Penhoët"... dont les lisières accompagnent les alignements.

Sur le littoral, les pelouses rases, les landes puis les boisements se succèdent depuis la plage où les formations végétales se mêlent aux rochers, de manière progressive. Ces enchaînements renforcent la qualité et la richesse des paysages de côtes, et accueillent souvent le chemin côtier depuis lequel on les apprécie.
Aux abords des marais, une végétation tout aussi spécifique et progressive ajoute à la richesse des ambiances et des milieux.
Planté dans les aménagements, Baccharis halimifolia est une plante invasive originaire d’Amérique. Son développement provoque non seulement une diminution de la biodiversité végétale mais aussi la fermeture de vues précieuses sur le littoral. Son invasion est donc à contenir si l’on veut éviter qu’elle ne colonise de trop grandes surfaces naturelles.

Des motifs de campagne relictuels
Dans les quelques interstices encore existants entre les zones urbanisées, il est difficile de percevoir nettement une ambiance de campagne et ses motifs de végétation (bocage, cultures…), d’autant que leur présence reste contingentée à l’écart des axes routiers, principaux points de vue, qui ont été beaucoup construits.

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Promenade sur la côte de Kerbihan
À la mer et aux rochers succède une végétation rase, puis les friches. A l’horizon se présentent les pins, caractéristiques de la côte habitée.


Le bâti et les infrastructures : une forte urbanisation

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Alignements de mégalithes
Le passage de la route ne rend pas service à l’ambiance des alignements, auquel manque un cadre paysager à la hauteur de la valeur du monument.
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Alignements
Avec le boisement de la plaine, les alignements apparaissent aujourd’hui comme des clairières en perspectives.

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La côte des Mégalithes est très urbanisée, ce qui contribue à la caractériser.
Le village de Saint-Colomban témoigne de la taille modeste des villages initiaux, rarement en contact direct avec la côte. Ailleurs, les développements urbains importants, motivés par la très forte attractivité de la côte ont pris diverses formes :
- tissu de villas et nouveau centre balnéaire de Carnac ;
- port de la Trinité-sur-Mer et sa marina ;
- développements pavillonnaires côtiers (Saint-Colomban plage, pointe de Kerbihan…) ;
- extensions pavillonnaires des villages initiaux (Carnac, la Trinité) ;
- urbanisation linéaire le long des routes (Saint-Philibert) ;
- extension des hameaux et nouveaux lotissements isolés (cité du Runel).

La forme très contournée de la côte accentue le phénomène de densification littorale qui tend à la conurbation. C’est du moins ce qui est ressenti depuis le réseau routier, presqu’entièrement urbanisé, à l’exception de l’axe de la RD 781.

Des pavillons sur mer
L’habitat pavillonnaire domine, y compris sur la côte elle-même qui ne présente pas exactement le faciès des stations balnéaires : seuls quelques immeubles collectifs, hôtels émergent comme sur la plage de Carnac ou à la marina de la Trinité-sur-Mer.

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Vue sur la pointe Churchill à Carnac
Peu élevée au naturel, la côte est épaissie par la présence de l’urbanisation de villas, abritées sous un ombrage de pins et de cyprès. Le blanc des murs tranche sur les valeurs sombres de la végétation et des rochers, renforçant la présence du bâti.


De vastes zones de camping
Très touristique, l’unité abrite un nombre impressionnant de campings, dont les emprises s’ajoutent à celles du développement urbain dans le phénomène de réduction des espaces naturels et agricoles. Leur taille, la présence permanente des mobile-homes en feraient presque des quartiers urbains. Cependant ils restent des secteurs à part, clôturés, accessibles par une seule entrée. Abrités sous les boisements, environnés par les clôtures végétalisées, ils n’apparaissent souvent que très discrètement dans les espaces de campagne boisée dans lesquels ils s’inscrivent, et proposent aux clients un espace marqué par la végétation, des sortes de parcs habités.

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Village de maisons mobiles
Avec le développement des mobile-homes, les campings s’apparentent souvent à de nouvelles formes urbaines pérennes. Ce sont cependant des enclaves, dissociées de l’espace public. Elément de confort, la végétation apporte son ombre et son ambiance de parc, tout en absorbant dans son volume ceux des modules d’habitations.


Des infrastructures offrant des points de vue remarquables
Le réseau routier est à la fois guidé et contraint par la forme spécifique de la côte. La principale desserte par la RD 781 emprunte en effet le pont de la Trinité-sur-Mer, offrant de remarquables vues sur la rivière de Crac’h et ses effets de perspective. Plus directement sur la côte, la RD 186 offre de belles vues sur l’Atlantique et sur les baies, et traverse le bras de mer de Kerdual qu’elle sépare de l’océan.

Les petites routes, pour beaucoup d’entre elles orientées nord-sud, suscitent les phénomènes importants d’étalement urbain sur la côte (habitat et zones d’activités) et participent à la fragmentation des paysages, aux effets de barrière aux échanges dans la continuité des milieux naturels (prairies, bocage, forêt, landes...).

Les mégalithes : une structure paysagère
Les monumentaux alignements de Carnac sont non seulement un patrimoine immensément précieux à l’échelle de l’humanité, mais aussi des paysages, et une structure territoriale.
L’organisation des menhirs compose un véritable paysage, un site et pas uniquement un objet ; on doit se déplacer pour les considérer, ils définissent dans leur ensemble tout un espace, un vaste champ linéaire bordé de lisières (récentes), une perspective dans la réalité (autant que pour l’imaginaire).

Dans le territoire, la position des alignements constitue une limite du territoire côtier avant qu’elle ne laisse place aux campagnes boisées. Cette position particulière, parallèle à la côte, inscrit les alignements dans une logique générale de structure paysagère, où ils peuvent jouer un rôle majeur, en liaison avec les pénétrantes marines et la côte elle-même.

Des continuités naturelles fragilisées

De manière générale, les continuités naturelles sont fortement fragmentées par les infrastructures routières et surtout les diverses formes de l’étalement urbain. Le territoire apparaît morcelé, l’identité des secteurs cultivés se manifeste à peine, les alignements apparaissent comme une parenthèse du territoire et insuffisamment comme une de ses composantes.
Il est dans ce cadre essentiel d’identifier les continuités naturelles et paysagères qui composent une structure territoriale : la baie de Quiberon, les pénétrantes marines que complète l’écharpe de territoire qui rassemble l’exceptionnel patrimoine mégalithique.

C’est l’occasion de rappeler l’importance des perspectives : sur un sol sans relief, le moindre objet vertical fait obstacle et arrête la vue, réduit l’horizon. Dans ce contexte, les perspectives, comme celle de la rivière de Crac’h, proposent une vision élargie du territoire, un paysage plus vaste et une meilleure compréhension.

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Anse de Kerdual
Dans le prolongement de la côte, l’anse propose une ambiance fort différente de mer intérieure, proche du marais. Le manchon végétal forme un cadre naturel, menacé d’invasion par le Baccharis. Peu de chemins permettent de profiter de la qualité de ce site qui constitue pourtant une très belle continuité de paysage naturel et qui, depuis l’océan, s’engage dans les terres.
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Anse de Kerdual
La route traverse l’anse, et rompt la continuité avec l’océan.





La rivière de Crac’h, perspective exemplaire
Les paysages de la rivière se composent de deux séquences majeures séparées par le pont de Kerisper.
- Séquence 1 : la Trinité-sur-Mer, à l’embouchure du Crac’h

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La Trinité-sur-Mer
Vue sur la pointe de Kerbihan, la vision du large, dans une perspective généreusement ouverte.

- Séquence 2 : la rivière, entre les boisements et le bocage de la plaine.
Malgré l’éloignement de la côte, à mesure que l’on remonte la rivière, l’influence de la mer se ressent ; par la lumière et le dégagement visuel, la vocation ostréicole continue d’amont en aval, marquée par la présence de ses chantiers, de ses parcs à huitres qui redessinent les rives, et par les chaluts qui vont et viennent sur la rivière.


Perception, valeurs et sensibilités
Ce territoire est un magnifique trésor naturel et culturel. La présence exceptionnelle des éléments de nature et des monuments mégalithiques sont les composantes d’un paysage unique au monde. Les étalements urbains ont eu tendance à en banaliser les ambiances, cependant le capital paysager reste remarquable et peut porter un projet de territoire qui en révèle la valeur, que ce soit pour ses habitants ou pour ses nombreux visiteurs et vacanciers.

 Enjeux et pistes d’action

Le territoire est soumis aux fortes pressions foncières de la côte, aux effets de conurbation, de dynamiques des boisements et de réduction des terres cultivées. Les mégalithes font depuis les années 1990 l’objet de programmes d’aménagements polémiques, tandis que les effets de la loi Littoral favorisent le maintien de continuités naturelles de la côte.

Outre le contrôle de la pression foncière, la valorisation des espaces naturels et de l’agriculture, on peut définir pour la côte des Mégalithes des enjeux spécifiques liés à la valorisation de son capital paysager :
- la protection, la mise en réseau et la valorisation des continuités naturelles et paysagères, véritable armature territoriale structurant les futurs développements ;
- la « mise en paysage » du double patrimoine naturel et monumental, notamment par le jeu des enchaînements paysagers et l’aménagement des conditions de perception et de découverte. Des liens plus forts sont à instaurer entre les mégalithes et les paysages de côtes, tout proches mais trop peu connectés.

Ces enjeux sont traduits grossièrement par le schéma des structures paysagères du territoire et son commentaire, qui peut former la base d’un plan de paysage qui serait fort utile à l’échelle de cette unité.

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Carte des enjeux de développement de la côte des Mégalithes
Des modalités de développement pour la qualité des paysages


Préserver et valoriser les continuités paysagères terre-mer
Les paysages côtiers présentent des continuités avec ceux de l’intérieur par une armature constituée d’une succession de pénétrantes nord-sud qui s’appuient à la fois sur les rivières et sur les enchaînements d’espaces naturels et cultivés.
Ce réseau de paysages en perspective vient compléter les grands enchaînements de paysages remarquables identifiés sur le littoral et dans les terres. Il s’articule à l’écharpe où se succèdent les mégalithes, en contact potentiel avec la mer à l’anse de Plouharnel et à Locmariaquer.
L’existence d’une telle trame à l’échelle intercommunale suppose la préservation des paysages naturels et cultivés et donc par une attention aux conditions des exploitants agricoles (coupures, foncier…) et la mise en valeur des franges urbaines qui en composent les rebords.

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Rivière de Saint-Philibert
Une pénétrante à l’intérieur des terres et un estran aménagé pour l’ostréiculture.


Articuler les arrières de ville aux paysages de la plaine littorale
La valorisation de l’enchaînement des paysages des mégalithes et son insertion dans un réseau de paysages permet de ré-équilibrer le territoire : ce qui était considéré comme « l’arrière » des agglomérations urbaines peut devenir un nouveau front donnant sur un paysage valorisant.
Dans ce dispositif, le paysage côtier ne fait plus l’objet d’une focalisation exclusive, les motivations paysagères sont du même ordre coté mer et coté terre, on habite autant au bord de l’eau qu’au bord des mégalithes... La ligne de contact appelle probablement des traitements spécifiques (motifs d’articulation : chemins, lignes d’arbres, équipements de loisir, belvédères…), et des traitements architecturaux autres que les fonds de parcelles des pavillons.

Valoriser l’enchaînement des mégalithes
Actuellement, les conditions de perception ne sont pas optimales pour le million de visiteurs annuel : présence obsédante des routes et de la circulation, cheminements peu confortables, grillages dévalorisants, ajoncs en progression… Les polémiques sont nombreuses depuis les années 1990 autour des programmes d’aménagement et de valorisation du site, et le paysage est au centre des enjeux (cf. rapport Mohen). En constatant le rôle des alignements, associés aux autres monuments mégalithiques formant un ensemble unique au monde, dans un fonctionnement territorial élargi (en particulier, sous l’angle des liaisons douces, notamment le vélo) la réflexion programmatique peut trouver des orientations nouvelles et des motifs d’accord entre les parties.

Les aménagements peuvent prendre en considération les positions de lisière, mais aussi de plus nettes échappées visuelles vers les campagnes cultivées, notamment à l’approche de la mer dont la lumière doit être perceptible.
La qualité des parcours appelle un grand soin. Un vaste itinéraire de découverte (près de 16 km, une distance idéale pour une promenade à vélo) permet de considérer les alignements eux-mêmes ainsi que d’autres monuments, particulièrement denses et exceptionnels. Dans cette proposition, l’itinéraire franchit la rivière de Crac’h vers le passage du lac, retrouvant probablement un usage ancien…

Compléter le réseau de chemins pour unir les paysages
Outre cet itinéraire des mégalithes, la mise relation des paysages s’appuie sur certains compléments de parcours, à pied ou à vélo, notamment le long des continuités « pénétrantes », ainsi rendues sensibles et venant compléter le chemin côtier par d’autres propositions et d’autres ambiances paysagères.
Le réseau de bocage, par exemple, dense dans les interstices non construits de la plaine littorale, peut accueillir des compléments de cheminements très agréables.

Structurer les développements urbain selon l’armature paysagère
L’étalement pavillonnaire a atteint les limites au delà desquelles il risque de banaliser complètement un lieu exceptionnel. De nouvelles formes urbaines plus denses, moins consommatrices d’espaces sont à envisager, et avec elles une architecture moins unificatrice.
La trame de paysage permet de définir des espaces de développement qui risquent moins d’occasionner des coupures, et procure en outre de plus nombreuses positions valorisantes, en « bord de paysage ».


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