Atlas des paysages du Morbihan

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La rivière d’Auray

Une ria aux ambiances changeantes mais surtout empreintes d’images maritimes

Cette unité appartient à l’ensemble de paysages de l’Armor morbihannais


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Carte de l’unité de paysage de la rivière d’Auray

 Images


Le site de la rivière d’Auray est souvent associé aux paysages du golfe du Morbihan dans lequel elle débouche. Les paysages de la rivière, et tout particulièrement ceux de Saint-Goustan et du Bono, font partie des plus emblématiques du département.

 Limites et voisinages


Du fait de leurs ambiances particulières, les paysages de la rivière d’Auray, tout en faisant partie du golfe du Morbihan, forment une unité de paysage spécifique.
L’unité comprend la rivière elle-même, depuis les reliefs des Landes de Lanvaux, en amont, jusqu’à son embouchure dans le golfe à Locmariaquer. Elle intègre également son affluent, la rivière du Bono. Les limites de l’unité avec les plaines environnantes de Sainte-Anne-d’Auray, à l’est, et de Pluvigner, à l’ouest, s’appuient sur l’emprise physique de la vallée proprement dite, les boisements qui occupent souvent ses coteaux et intègrent les principales emprises urbaines.
La vallée se voit depuis la plaine lorsque le relief et la végétation marquent plus fortement ses rebords. Ailleurs, lorsque les ouvertures le permettent, les transitions sont plus subtiles et donnent du souffle au paysage.

 Composantes

La ria
Du golfe jusqu’à Auray, la ria est peu profonde, ses coteaux ne dominant la rivière en moyenne que de 20 m. La vallée est rythmée par des évasements très ouverts de baies, puis des goulets plus étranglés et davantage boisés. Les phénomènes de marées sont sensibles jusqu’au lieu-dit Champs-des-Martyrs, à l’est d’Auray.

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Coupe. Le Loc’h à Auray
Une large vallée jusqu’à Auray

Les composantes et les usages des paysages de la vallée sont riches et variés : ostréiculture jusqu’en aval d’Auray, zones de mouillages, forte densité de navigation font la vie la rivière...

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La baie de l’Ours en aval d’Auray
Les chantiers ostréicoles donnent sens au paysage incertain de l’estran. Par contraste avec les limites imprécises du plan d’eau, le coteau boisé apparaît comme un horizon « dur », sans continuité visuelle avec les plaines alentour.

En dehors de l’agglomération d’Auray, la vallée est peu accessible. Le sentier GR 34, en rive gauche, ne constitue pas une promenade de berge continue de la ville jusqu’au golfe. Le bel environnement bocager voisin est mis en relation avec la rivière par des ouvertures fréquentes sur les versants.

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A côté de la chapelle du Moustoir
Ce verger compose une très agréable ouverture sur la vallée : le paysage associe les motifs de campagne et ceux de la ria, quasi maritimes.

Auray : la rivière comme site de référence
Comme le montre la carte de Cassini, Auray, ville fortifiée, s’est installée au bord de la rivière, entre deux affluents du Loc’h (le ruisseau du Reclus au sud et le ruisseau de Kerivalan au nord), sur un axe reliant Hennebont à Vannes (aujourd’hui RN 165).
La ville s’est étendue principalement le long des infrastructures, et notamment de la RN 165. La ville a ainsi "absorbé" les hameaux alentours (La Chartreuse, Pluneret, Saint-Goustan) dans une vaste agglomération qui se réfère moins au site que d’origine formé par la rivière d’Auray. Les relations urbaines au paysage de la vallée sont donc limitées mais se manifestent toutefois avec éclat dans les remarquables paysages urbains du Bono et du port de Saint-Goustan qui proposent une alliance exceptionnelle entre les éléments naturels de la vallée, les aménagements portuaires et les composantes bâties patrimoniales. Ailleurs, les hameaux ponctuent les versants de la vallée, sans pour autant entretenir de relation visuelle avec la rivière. Les accès sont le plus souvent confidentiels ou réservés.

Un développement contenu par la RN 165
Le contournement de la RN 165 déleste Auray du trafic autre que local et, par la même occasion, déplace le centre de gravité du développement de la ville en dehors des limites paysagères formées par les vallons des rivières de Guérin au nord, et de la rivière du Reclus au sud.
D’autres développements, tentaculaires, suivent un réseau de routes rayonnant à partir de l’agglomération. On remarque notamment, en dépit de l’attraction de la côte, un effet de tropisme vers la plaine au nord, qui induit aujourd’hui de très longues continuités urbaines en direction de Sainte-Anne-d’Auray et de Brec’h.

Le port de Saint-Goustan
Le front urbain affirmé du port de Saint-Goustan est révélé par la convexité de la rive et le léger relief qui le présente comme un véritable paysage. Le belvédère, situé sur l’autre rive, montre une conscience de ce paysage, mais l’initiative est contrariée par l’absence de gestion d’un rideau de tilleuls qui s’interpose entre le port et la possibilité de point de vue.

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Le belvédère du Loc’h
La tour de guet, destinée à observer le trafic maritime sur la rivière, reste impressionnante par ses escaliers et sa situation au rebord de la vallée. Cependant, les arbres ont trop poussé, et cachent ce que devraient observer ceux qui ont eu le courage de monter jusqu’en haut de la tour !



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Le port de Saint-Goustan
Du haut du belvédère il est impossible de jouir de la vue : une rangée de tilleuls en barre les horizons.

Le Bono, une ville dans son site
La ville présente, légèrement en surplomb de la rive gauche de la rivière, une véritable façade urbaine. La rivière joue parfaitement son rôle de limite naturelle ; sur l’autre rive, aucun motif bâti ne perturbe la lecture, le paysage aux belles caractéristiques naturelles est nettement lisible et dégagé.
Le contraste qui naît entre la ville et la campagne les valorise mutuellement, les habitants peuvent jouir d’ambiances "naturelles" de promenades en contact avec la ville.

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Le Bono sur sa rivière
Un véritable paysage est fédéré par la rivière qui valorise le contraste de la ville face à son environnement agro-naturel.

Les châteaux et les moulins à marée au bord de la vallée
Les châteaux ont été situés volontairement sur des positions en relation avec le paysage. Ils entretiennent avec la vallée un dialogue du fait de leurs situations sur les pointes, l’orientation de leurs façades en direction des perspectives offertes par la rivière. Cette organisation paysagère de grande qualité est malheureusement parfois contrariée par un surplus de végétation qui vient rompre certaines des ouvertures et des continuités visuelles.

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Le château de Rosnarho, dans la perspective de la rivière du Bono, sur la rivière d’Auray
Le château et son parc gagneraient à être davantage mis en relation avec la rivière, en dégageant les boisements occultants sur la rive.
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Le moulin à marée du Moustoir (Crac’h)
Le moulin et ses infrastructures composent des paysages révélant le régime des marées pénétrant dans la rivière. Ils forment un patrimoine très spécifique, intimement lié aux éléments naturels et à l’économie qu’ils suscitent.
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Le site sans réseaux aériens
L’accumulation des fils et des poteaux encombre le paysage particulièrement pittoresque ; cette simulation a dissimulé ces réseaux disgracieux.

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Effets de dispersion des mouillages à Locmariaquer
La perspective de la rivière est un peu affaiblie par la concentration des bateaux au mouillage… mais l’effet reste saisonnier.

Des lotissements privés qui s’approprient et banalisent un paysage sensible
Des gated communities ou lotissements enclos, profitent parfois de belles positions en bord de vallée, et par conséquent empêchent l’accès et "privatisent" le paysage.

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Vue sur le lotissement privé de Kérizan
Les quelques maisons individuelles interviennent fortement dans la lecture des horizons de la vallée et en banalisent le bord. Les pignons blancs se détachent particulièrement dans le cadre boisé, et soulignent le caractère standard des modèles architecturaux, qui ont pourtant adopté ici une position digne d’un château.

Les berges accessibles, valeurs paysagères
Les berges sont des motifs du paysage que l’on retrouve dans différents lieux et dans différentes conditions : berges maçonnées utiles à la navigation, à l’accès à l’estran pour les activités ostréicoles, à la promenade... Leur faciès est souvent de grande qualité. Ce sont des espaces publics qui ont un rôle majeur à jouer dans l’articulation des villes à la charpente naturelle et dans la qualité des promenades, qui s’y appuient.

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Le Bono, berges de la rivière du Bono
Les berges sont de véritables espaces publics aux usages divers : navigation, ostréiculture, promenades... Elles présentent un faciès naturel valorisant qui articule le cours d’eau à ses versants. Le groupe d’annexes indique bien à quel point la vie des habitants se déroule aussi en mer, et que le plan d’eau constitue un espace public majeur.

Ce sont également les lieux d’une activité économique et touristique importante dont les modalités d’organisation et de partage de l’espace mériteraient d’être davantage définies dans le cadre d’un projet à l’échelle de la vallée.

En amont d’Auray : une vallée peu visible
En amont d’Auray, la vallée du Loc’h devient un peu plus profonde, plus resserrée, et ses versants sont davantage boisés. Son profil se rapproche de celui des vallées de l’Argoat. La vallée est ici peu perçue et aucun chemin de promenade n’en permet l’accès.
L’environnement des plaines de Pluvigner et de Sainte-Anne-d’Auray confère pourtant à la vallée un cadre bocager magnifique mais dont il est difficile de profiter en raison du cordon boisé sur les versants qui empêche les continuités paysagères et tend à enfermer le paysage de la vallée sur lui-même.

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La vallée en amont d’Auray
La végétation qui cadre l’ouverture de la prairie révèle une magnifique (et trop rare) perspective sur la rivière. Les activités d’élevage constituent dans ce cas des aides précieuses au maintien d’une relation visuelle entre la rivière et la plaine.
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Coupe. Le Loc’h à Sainte-Anne-d’Auray
La rivière est profondément encaissée dans la vallée, formant un lieu à part, renforcé par les boisements des rebords.

 Perception, valeurs et sensibilités

Un paysage sensible, à développer au-delà de ses limites
La qualité du paysage réside dans la richesse de ses composantes et dans la qualité des relations qu’il peut entretenir avec celles des unités de paysage voisines.
Le paysage de la vallée doit être compris au sens large, en intégrant les articulations visuelles et fonctionnelles avec les espaces agro-naturels voisins, ainsi qu’avec les espaces urbains. Les ouvertures, qui favorisent les articulations entre unités de paysage, doivent être envisagées dans une logique de parcours.

 Enjeux et pistes d’action


Contenir l’urbanisation linéaire qui banalise le paysage
Dans le cadre d’un projet de territoire valorisant les composantes de paysage structurantes pour les développements urbains, les phénomènes d’étalement qui contribuent à l’effacement des limites des villes sont à contenir.
L’urbanisme linéaire hors des enveloppes lisibles des communes doit prendre fin.

Appuyer les développements urbains futurs sur les éléments structurants du paysage
Les éléments forts de la charpente naturelle ainsi que la trame de bocage des plaines sont des atouts paysagers pour structurer les futurs développements urbains.
Des priorités sont à formuler dans un cadre dépassant les simples limites communales, en considérant de manière approfondie les valeurs du paysage de la vallée et des plaines en mettant l’accent sur la qualité des perception dans les parcours quotidiens (infrastructures routières, zones d’activités) inter–communaux et locaux (qualité des espaces publics et leur lien avec les paysages identifiés).

Permettre l’accessibilité des berges tout le long de la rivière
La rivière d’Auray (ainsi que la rivière du Bono et le Loc’h) appartient au vaste enchaînement des sites côtiers et particulièrement aux continuités de paysages du Golfe. Dans ce cadre, il est important que l’ensemble de la vallée soit davantage intégré à un projet de paysage reliant les chemins de berges aux sentiers côtiers.

Organiser les usages de la rivière (ostréiculture, navigation de plaisance...)
Les activités de la vallée, souvent trop dispersées sur le plan d’eau, mériteraient sans doute davantage d’organisation. Le paysage y gagnerait en lisibilité.

Mettre un terme à l’étalement urbain au bord de la vallée
Des lotissements pavillonnaires blancs, disparates, sur fond boisé, dévalorisent les ambiances de nature ressenties dans la vallée. Les rivages, perçus depuis le plan d’eau ou des rivages situés en face, sont à considérer comme des paysages particulièrement sensibles. L’application des dispositions relatives aux "espaces proches du rivage" est, dans la rivière d’Auray, aussi indispensable que sur les rives du golfe du Morbihan ou de l’océan.

Préserver des coupures vertes entre les communes de la couronne de l’agglomération d’Auray
La lisibilité des communes et de leur limites urbaines doit être préservée en mettant fin à leurs extensions le long des routes et en proposant des traitements de "seuil" des villes.

Préserver la mosaïque des milieux et les équilibres naturels
La préservation des milieux est aussi une question de paysage puisqu’elle permet le plus souvent une préservation de la richesse de ses composantes. Cet enjeu est fortement relié à celui de l’organisation des usages sur les rives de la rivières et sur les estrans.

 Enjeux paysagers de l’agglomération d’Auray

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Carte des enjeux de paysage d’Auray

La modeste agglomération d’Auray (environ 20 000 habitants) est un élément essentiel de cette unité de paysage. La rivière d’Auray et le Loc’h constituent la colonne vertébrale de la structure urbaine et territoriale de l’agglomération qui se montre d’une grande richesse paysagère. Le développement d’Auray se fait principalement vers l’ouest, tandis que Pluneret, à l’est, ne s’est pas trop étendu sur les bords de la rivière. De très intéressantes continuités paysagères sont repérables au sud et au nord de l’agglomération centrale où la ville a été contenue par de petits vallons de telle sorte que, très rapidement, en amont ou en aval de Saint-Goustan, les rives présentent un faciès naturel.

Fixer et traiter les limites urbaines
- Les limites urbaines au nord d’Auray, en relation avec le vallon de Kerivalan appellent un traitement spécifique fondé sur les ambiances de rivière : ouverture des perspectives, multiplication des accès… de sorte à améliorer le confort des habitants.

- Vers l’ouest, la campagne boisée de Pluvigner représente un « bornage » souligné par la RN 165, limite entre l’urbain et le rural « bois » qui demande à être davantage révélée en terme de lisibilité.

- Le seuil d’entrée dans l’agglomération au nord nécessite d’être affirmé et traité.

- Au sud d’Auray, le rôle de la RN 165 reste confus : la route instaurée au sud du vallon affaiblit le rôle de limite naturelle de ce dernier, tandis que les zones d’activités ne s’inscrivent dans aucune structure identifiable. Une limite sur la campagne est ici à exprimer avec davantage de compréhension, de même que le seuil d’entrée dans l’agglomération par la RD 22. Toutefois le viaduc offre un point de vue, furtif mais très agréable, sur Saint-Goustan et la rivière.

- Une couronne de cultures reste lisible entre, au centre, l’agglomération d’Auray-Pluneret et les localités périphériques, tout particulièrement Sainte-Anne-d’Auray. Une urbanisation particulièrement étalée, sans compacité, marque les développements de Sainte-Anne, au risque de voir se former un vaste ensemble périurbain illisible.
Le maintien de la coupure d’urbanisation entre Pluneret et Sainte-Anne, de même que l’optimisation de l’espace disponible à l’intérieur de l’enveloppe urbaine de Sainte-Anne sont des enjeux importants.

- Les autres localités, Crac’h, Baden, Bono, Brec’h, Ploemel sont nettement à distance de l’agglomération centrale et à préserver comme tel. De même que la relation de Bono avec sa rivière, exemple remarquable d’organisation territoriale lisible, fondée sur la charpente naturelle.

Compléter les enveloppes urbanisées
- L’analyse des « limites naturelles » indique un secteur de développement au nord-ouest d’Auray, en cohérence avec la structure paysagère, bénéficiant des voisinages de la campagne boisée et du vallon.

- A Sainte-Anne, des vides très importants sont à optimiser dans la maille urbaine et permettent de cesser tout étalement supplémentaire dans les campagnes.

Renforcer l’accessibilité et les vues sur la rivière
- Un atout à saisir : à partir du superbe site du port - un des plus beaux paysages urbains du Morbihan -, les promenades des berges pourraient se prolonger vers la mer ou vers les campagnes dans le cadre d’une valorisation des paysages de vallée, qu’il faut éviter de refermer par les boisements ou la friche. Les parcours doivent être aussi l’occasion d’inscrire les paysages de la vallée dans l’espace public. Sur la base des vallées, un intéressant réseau de liaisons douces peut s’instaurer, irrigant l’agglomération par les paysages les plus motivants. On pourrait ainsi aller de Saint-Goustan au sanctuaire de Sainte-Anne par le Loc’h, sur une distance d’environ 5 km, soit 15 minutes à vélo !
A titre d’exemple, il serait intéressant de dégager la vue sur la rivière depuis le belvédère situé à côté des terrains de football.


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