Atlas des paysages du Morbihan

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Les rebords de la Forêt de Brocéliande

Une forêt de légendes surplombant les enchaînements paysagers du plateau bocager de l’Yvel

Les rebords de la Forêt de Brocéliande correspondent à la partie morbihannaise de l’ensemble de paysages du Massif de Brocéliande dont la plus grande surface est située dans le département d’Ille-et-Vilaine.


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Carte de l’unité de paysage des rebords de la Forêt de Brocéliande

 Images

La forêt de Paimpont est plus connue sous le nom de "forêt de Brocéliande". La forêt mythique de la légende arthurienne n’a jamais existé qu’à travers la littérature. Pas clairement localisée, elle a été successivement identifiée à la forêt de Quintin (Côtes-d’Armor) puis à la forêt de Huelgoat (Finistère) avant de se confondre durablement avec celle de Paimpont (principalement en Ille-et-Vilaine).
Seule une partie des lisières du massif forestier est morbihannaise. Elle marque, en quelque sorte, le seuil d’entrée dans l’imaginaire du roi Arthur et des chevaliers de la Table Ronde, de l’enchanteur Merlin et de la fée Viviane. Les mises en scène évoquant "in situ" la vigueur de cet imaginaire, associées à des motifs de paysages singuliers et alimentées par les productions littéraires (héroic fantasy) et cinématographiques, sont des éléments indissociables des conditions de perceptions.
L’unité de paysage est également marquée par la présence des écoles militaires de Saint-Cyr-Coëtquidan, occupant de vastes périmètres à proximité de Saint-Malo-de-Beignon.

 Limites et voisinages

La majeure partie du massif forestier de Brocéliande se situe dans le département d’Ille-et-Vilaine, une partie des lisières sud-ouest appartient au département du Morbihan. Cette unité "de frange" borne la limite départementale nord-est. Côté plateau cultivé, les limites sont plus progressives et se ressentent surtout dans le contraste d’intensité des composantes naturelles en présence (relief plus doux, végétation moins dense vers le plateau). La RN 24 marque un seuil plus net au sud. Les lisières du massif forestier de Brocéliande indiquent clairement, de manière compacte sur leurs reliefs, les limites de l’unité.

 Composantes

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Depuis les hauteurs de la forêt en direction du plateau de Pontivy-Loudéac
(photographie légendée)

Relief et hydrographie
La forêt de Brocéliande est juchée 100 à 150 m au-dessus du plateau de Pontivy-Loudéac. Ce plateau cultivé est vallonné par les multiples affluents de l’Aff et de l’Yvel.
Le vallon boisé du Moulinet débouchant sur l’étang de Saint-Malo-de-Beignon marque particulièrement le sud de l’unité. L’eau est omniprésente, sous forme de fossés, de petites rivières, de ruisseaux et d’étangs, mais reste néanmoins secrète, souvent dissimulée derrière un bosquet ou au pied d’un alignement d’émondes. Elle se mérite pour finalement s’offrir au promeneur, à l’image des légendes qui habitent le site.

Végétation et agriculture
C’est dans cette unité qu’est recensé le plus grand nombre de landes (et non pas dans le territoire des landes de Lanvaux). Elles sont généralement localisées sur les contreforts des massifs, au contact de zones plus boisées.
Le bocage et les boisements sont des éléments d’ambiance majeurs de l’unité de paysage. Leur forme, leur densité et leur disposition les uns par rapport aux autres participent pleinement de la sensation d’un "paysage proche" dont la découverte est favorisée par la promenade à pied ou à vélo. Cette échelle permet d’en saisir l’ensemble des nuances, les continuités et les enchaînements avec des espaces plus ouverts, lumineux (prairies...) qui font naître les successions de plans visuels dans le paysage.
L’occupation agricole est dominée par l’élevage (avicole surtout) qui se caractérise par de grandes prairies et de nombreux bâtiments de stabulation dispersés sur l’ensemble de l’unité.
De nombreux vallons sculptent les rebords de massif et font office de traits d’union entre le plateau et la forêt. De ce point de vue, le Val sans retour est intéressant, son talweg étant accompagné d’un chemin qui permet de pénétrer dans la forêt. Ce n’est, en revanche, pas le cas de la plupart des autres vallons, très souvent enfouis.

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Tréhorenteuc, lisières forestières
Les lisières, motifs majeurs de l’unité de paysage, sont valorisées par les grandes ouvertures de cultures et de pâtures qui leur apportent de la lumière.
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Tréhorenteuc, bocages et boisements
Une structure bocagère anime la dépression tandis que les crêtes sont indifféremment occupées par des boisements et des landes.
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Saint-Malo-de-Beignon
L’étang offre une ouverture visuelle dans la masse boisée du vallon. La présence d’un phare fantaisie invite l’imaginaire à associer le plan d’eau à une mer plus vaste… Nous sommes au pays de l’imagination ! A l’horizon, une crête recouverte de landes apporte davantage de richesse au paysage.

Le bâti et les infrastructures
A l’ouest et au nord, les villages sont groupés et plutôt compacts, en structures de clairières ou d’essarts proches de la forêt. Ils sont peu affectés par l’étalement pavillonnaire. De nombreux hameaux regroupant des fermes et des bâtiments d’élevage sont dispersés de manière apparemment aléatoire.
Au sud, Beignon et Saint-Malo-de-Beignon n’appartiennent plus au registre des villages de campagne. La présence des écoles militaires de Saint-Cyr-Coëtquidan a créé des formes bâties spécifiques, de grandes dimensions et une pression pavillonnaire qui s’est largement répandue le long des routes, en tentacules à partir du centre.
Les infrastructures des écoles sont présentes, mais rarement accessibles. La RN 24, au contraire, constitue un équipement fort de l’unité et l’un de ses principaux points de vue.

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Beignon
L’alignement de chênes le long de la route offre un cadrage sur les rebords de la forêt. Les effets de mitages sont, en revanche, très visibles et portent fortement atteinte à la qualité du panorama.
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Coupe Ploërmel-Brocéliande
La forêt de Brocéliande domine le plateau de l’Yvel.

 Perceptions, valeurs et sensibilités

A l’ouest et au nord : un paysage "mis en scène" par l’imaginaire
Deux phénomènes participent à la sensation singulière d’un paysage élaboré pour "être contemplé" :

- les ondulations du relief et la succession de plans visuels sont accentués par les alignements d’arbres du réseau de bocage. Le sentiment étrange d’un "décor" est sans doute aussi suggéré par de très bonnes conditions de perception (nombreuses ouvertures visuelles, points de vue sur les hauteurs qui rendent très lisibles les motifs du paysage...) auxquelles s’ajoute l’ensemble des "filtres" de perception construits par l’accumulation des images mentales et des préalables culturels.

Depuis les hauteurs, des vues jusqu’aux reliefs des Landes de Lanvaux
Le site offre des conditions de perception tout à fait différentes selon que l’on se situe au pied du massif forestier de Brocéliande ou sur les hauteurs boisées accessibles par de nombreux chemins de grande randonnée.
Sur les hauteurs, des perspectives sont permises vers le sud-ouest, vers le centre du département. Ce sont de rares et précieux belvédères permettant une lecture lointaine des paysages morbihannais. Les horizons ne sont pas constitués par des limites intimes, très proches, mais par les crêtes lointaines des reliefs des Landes de Lanvaux.

En revanche, le paysage de bocage ne se saisit que rarement dans son ensemble. Il se découvre, petit à petit, à l’occasion d’un parcours, d’une promenade à pied. Les effets de coulisses entre les haies, les jeux d’enchaînement de plans visuels ne sont perceptibles que de près et par le jeu du déplacement.

De grandes qualités d’ambiances
Cette unité bénéficie de réelles qualités d’enchaînements de motifs de paysage, tels que le bocage et les landes. Les composantes paysagères en présence sont très riches et s’articulent de manière subtile.
Les grandes haies d’émondes composent l’espace et guident le ruissellement des eaux. Elles surmontent leurs talus et s’organisent sur le relief, entre les parcelles et le long des chemins qui en permettent l’approche.

Au sud, un lieu à part
Au sud-ouest de la forêt de Brocéliande, le boisement presque complet des vallons, associé à la présence des écoles militaires et de leurs clôtures, contribue à une ambiance singulière, mais peu accessible.

Un seuil très fréquenté
La RN 24 marque une limite nette au sud de la fôret de Brocéliande, et constitue un point de vue très intéressant sur l’unité paysagère, ponctué par le moulin de Malakoff. Épousant les reliefs du rebord, ses nombreux virages offrent des vues sur la matière boisée, sur la roche, sur des landes, un peu (trop peu ?) sur les horizons plus dégagés du sud du département.
Cette séquence de la route identifiée comme "Brocéliande et Coëtquidan" (deux événement fortement signalés par les panneaux touristiques) constitue pour l’automobiliste un seuil très net au passage entre les deux départements, une porte lisible, qui renforce la compréhension du territoire.

 Enjeux et pistes d’action

L’agriculture garde une place prépondérante dans le paysage des rebords de la forêt de Brocéliande.
Les dynamiques à court terme concernent plutôt les espaces de friches ou de landes dont l’intérêt paysager est important. Sans intervention, ces espaces évoluent spontanément vers le peuplement forestier. Les camps militaires assurent probablement leur présence, dans la mesure où les exercices de tir nécessitent des dégagements visuels.

Constituer des parcours paysagers en réseau
Les valeurs végétales (réseau bocager, boisements...) constituent de véritables qualités paysagères et une structure robuste qui organise fortement les paysages. En tant que telles, elles sont à valoriser et à développer dans les démarches de projet d’aménagement.
Les lisières de la forêt sont des lieux potentiels de promenades, en léger surplomb sur le paysage bocager. Les conditions d’accessibilité (gestion de la végétation) sur ces rebords sont à organiser davantage, notamment en ce qui concerne la possibilité d’appuyer les parcours sur les structures des vallons qui griffent le massif.
Le réseau de chemins peut être complété dans ce sens, en proposant une articulation entre le couvert forestier et les espaces ouverts, les cœurs de villages (Guer, Porcaro, Augan, Campénéac...) et les espaces naturels remarquables.

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Le Val sans retour
A l’image de la partie amont de l’étang du miroir au fées, les vallons inscrits dans le massif forestier sont très encombrés par la végétation et mériteraient d’être révélés.

Valoriser les points de vue sur le paysage
Les rares points de vue qui offrent une lecture d’ensemble du paysage se situent sur les hauteurs du massif. C’est seulement de ces endroits qu’il est possible d’embrasser le paysage d’un regard et d’en comprendre l’organisation générale. Ces belvédères sont rares dans le département, compte-tenu des faibles variations de relief et de la densité des boisements sur les plus importants d’entre eux.
Des actions sont à mener pour les rendre accessibles par les sentiers de randonnée ainsi que pour gérer la végétation qui pourrait éventuellement encombrer les vues.
Les vues offertes depuis la RN 24 sont à repérer et gérer.

Encourager le maintien de l’agriculture
La valeur esthétique du paysage bocager réside dans l’équilibre des pleins (les haies, les bosquets...) et des vides (les prairies, les cultures) qui leur apportent la lumière et la profondeur. Le maintien des ouvertures est à encourager par un soutien aux activités d’élevage en plein air.
La valorisation, le maintien et le développement du réseau bocager est une action prioritaire à mener sur cette unité de paysage, et cette action n’est pas contradictoire avec l’encouragement d’une agriculture. Le bocage qui est utile aux élevages de plein air en offrant l’abri, l’ombre et parfois l’appoint de nourriture aux bêtes nécessite d’être entretenu ; les déchets de taille sont valorisables dans une filière de production de bois-énergie, à condition qu’elle soit soutenue par des politiques locales qui s’engagent à leur valorisation.

Valoriser le patrimoine des ambiances naturelles liées à l’eau
Les nombreux étangs qui bordent les principaux cours d’eau sont une spécificité de cette unité de paysage et constituent des lieux potentiels de promenades et de contemplation quotidiennes à valoriser.

Les landes
Des actions de restauration sont envisageables (voir avec la cellule des ENS du Département) pour identifier, revaloriser des landes, en réintroduisant par exemple certaines pratiques d’élevage. Les nécessités environnementales viennent soutenir ce type de démarche sur des espaces au fort potentiel de biodiversité.

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A l’ouest de Campénéac
Les landes envahies par les ajoncs sont inaccessibles et les pins, situés à l’arrière-plan, rappellent la destinée de ces espaces s’ils sont laissés à l’abandon.

Maîtriser les extensions et proposer de nouvelles formes urbaines
Les formes actuelles de lotissements pavillonnaires et les phénomènes d’étalement filandreux de pavillons le long des routes ne tiennent pas compte des formes urbaines "traditionnelles" ainsi que de leur environnement. De nouvelles formes urbaines sont à envisager désormais, plus soucieuses de l’environnement paysager et urbain et du développement durable. L’organisation urbaine peut s’appuyer sur les composantes du paysage (bocage) identifiées comme structure territoriale. De nouvelles formes urbaines qui correspondent à de nouveaux objectifs de qualité paysagère et environnementale doivent être proposées.

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Bloc diagramme : des modalités de développement pour la qualité paysagère
Synthèse schématique des enjeux d’aménagement du paysage.

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